Introduction aux profils ICC.

En photographie numérique on entend souvent parler de ICC ou de profil ICC et on sait plus ou moins qu'il s'agit d'un système visant à obtenir des couleurs justes et identiques sur tous les périphériques : imprimantes, écran, vidéo-projecteurs, et maintenant téléphones portables, tablettes, etc.

Ce tutoriel est une introduction aux profils ICC. Il se veut simple et présente le principe ICC après avoir défini les notions indispensables telles que le gamut, l'espace calorimétrique, etc.

ICC est le sigle pour International Color Consortium, une organisation regroupant plusieurs sociétés concernées par la gestion ou la restitution des couleurs sur informatique. C'est cette organisation qui a défini la norme et la technique des profils ICC. Parmi les membres les plus connus, on trouve :

  • Adode : éditeur de nombreux logiciels et en particulier Photoshop et Lightroom,
  • Apple : fabricant d'ordinateurs, parmi les premiers à traiter les images,
  • Agfa-Gevaert : à l'origine fabricant de papier photographique et de supports magnétiques (cassettes, bandes) reconvertie dans l'imagerie numérique.
  • Microsoft : éditeur de logiciels et de système d'exploitation,
  • Eastman Kodak : fabricant d'appareils photo, de pellicules, de papiers photographiques, etc.
  • Canon, Nikon, Sony : fabricants d'appareils photo et de matériel photographique.
  • Lexmark, Kyocera, Xerox : fabricants d'imprimantes ou autres périphériques d'impression,
  • Et beaucoup d'autres.

 

Entrons maintenant dans les explications. Commençons déjà par parler du gamut.

Le gamut.

Un gamut est un ensemble de couleurs. Le gamut d'un écran par exemple est l'ensemble des couleurs que peut restituer cet écran. On représente en général un gamut par un triangle plus ou moins déformé et plus ou moins arrondi.

Exemple de gamut


Le gamut représenté ci-contre est très approximativement celui de l'œil humain. On constate une plus grande sensibilité dans les verts.


Pour en savoir plus :

Dessiner un gamut est déjà un problème en soi parce que une couleur est définie par trois paramètres; Cela peut être le pourcentage de rouge de vert et de bleu dans le cas d'un système RVB, ou la teinte, la luminosité et la saturation dans le système TLS.

Quelque soit le système choisi il y a toujours 3 paramètres et un dessin se fait en deux dimensions. Le problème est contourné en dessinant le gamut dans le système TLS et avec une luminosité constante. Ainsi il n'y a plus que deux paramètres à représenter : la teinte et la saturation.

L'espace colorimétrique.

Les systèmes informatiques ne mémorisent pas directement les couleurs mais plutôt une décomposition en couleurs de base : Rouge, Verte et Bleu en vidéo ; Cyan, Magenta, Jaune et Noir en imprimerie. Le périphérique de restitution (écran, imprimante, etc) recompose ces valeurs pour afficher ou imprimer la couleur originale.

Un espace colorimétrique définit quelles sont les couleurs réelles que l'on pourra restituer à partir des composantes.

Parlons d'abord des espaces colorimétriques neutres (ou théoriques). Ils sont théoriques en ce sens qu'ils ne tiennent pas compte des limitations d'un périphérique. Les logiciels de traitement d'image utilisent ces espaces pour leurs calculs internes.

Plusieurs espaces colorimétriques neutres existent. Les trois plus connus sont présentés sur l'image ci-dessous, par rapport au gamut de l'œil humain. Ce sont des espaces RVB.

Espaces colorimétriques standards : sRGB, AdobeRGB, Profoto-RGB

 

  • L'espace sRGB (en noir) : c'est le plus modeste. Il ne permet de représenter qu'une faible partie des couleurs que nous pouvons voir mais en contrepartie il est compatible avec tous les périphériques. Pour une publication d'images sur internet, c'est le seul profil à utiliser.
  • L'espace Adobe RGB 1998 (en bleu) : c'est un espace colorimétrique déjà plus exigeant. Seuls certains écrans ou imprimantes haut de gamme permettront de restituer toutes les couleurs de cet espace.
  • L'espace Profoto-RGB (en rouge) : un espace colorimétrique très étendu puisqu'il permet de gérer des couleurs qui sont mêmes invisibles pour l'œil humain.

Les limitations et défauts des périphériques.

Dans un monde parfait les espaces colorimétriques neutres pourraient suffire mais les périphériques ne sont pas parfaits : tel écran ne pourra pas traduire les bleus les plus saturés, tel appareil photo ne saura pas capturer les rouges les plus profonds, etc.

Le gamut d'un périphérique est un polygone, en général irrégulier, qui peut être superposé au gamut de l'œil humain. Plus le périphérique est performant, plus il couvrira une grande surface du gamut humain.

Gamut d'un périphérique réel


En plus de ces limitations les périphériques présentent des défauts. Le défaut plus courant est la dominante colorée : telle combinaison de rouge, vert et bleu qui devrait donner par exemple un gris, sera traduite par un gris bleuté sur un écran présentant une dominante colorée dans les bleus.

Les imprimantes ont souvent des dominantes colorées elles aussi. Avec une complication supplémentaire : c'est la combinaison imprimante/papier qu'il faut prendre en compte. En effet le papier n'est jamais parfaitement blanc et cette teinte de fond dénaturera les couleurs imprimées.

Les profils ICC.

Nous avons donc le double problème suivant :

  • Transformer les couleurs depuis un espace neutre, par exemple Adobe RGB 1998, vers l'espace d'un périphérique, soit pour l'affichage, soit pour l'impression.
    Pour un périphérique d'acquisition (appareil photo, scanner...), les calculs sont inversés : il faut transformer les couleurs depuis l'espace du périphérique vers un espace neutre.
  • Corriger les défauts de ce périphérique.

Ce double problème est résolu en appliquant des coefficients à chacune des composantes rouge, vert et bleu. Ces coefficients constituent un profil ICC.

Conversion entre deux espaces colorimétriques


Il n'y a pas seulement trois coefficients car les corrections sont différentes pour chacune des couleurs à obtenir. L'idéal (mais c'est parfaitement théorique) serait d'avoir un coefficient séparé pour chacune des couleurs. Dans la pratique on ne va pas jusque là : les coefficients sont nombreux mais pas autant que les couleurs. Les couleurs qui n'ont pas de coefficient sont traitées comme la couleur la plus proche pour laquelle on a un coefficient.

Les constructeurs fournissent le profil ICC correspondant à chacun de leur matériel. Avec le temps des dérives apparaissent et il est conseillé d'effectuer régulièrement un calibrage de son écran ou de son imprimante. Le calibrage nécessite une sonde étalonnée. Il consiste à recalculer les coefficients du profil ICC.

Pour en savoir plus...

 

Réactions des internautes.

Francois Benveniste
Francois Benveniste C'est une explication très simple et très claire. Elle a en outre le mérite de bien expliquer qu'un profil ICC est un système d'équivalence permettant a une imprimante ( par exemple ) de restituer les couleurs visibles sur un écran. Pour autant la sonde ne sert pas a restituer les " vraies " couleurs, mais seulement celles d'origines que le constructeur à indiqué pour son matériel de façon a ce qu'une l’imprimante restituent celles-là et pas une combinaison dégradée par le temps.
Antares PhotoModele
Antares PhotoModele Non les couleurs sont "normalisées", pas lié au constructeur...
Emmanuel Orain
Emmanuel Orain Juste deux petits commentaires : le nom du profil le plus large (parce ceux listés) est "ProPhoto RGB", plutôt que Profoto (qui est une marque de matériel d'éclairage) ... et dans le paragraphe "L'espace colorimétrique", la décomposition ne se fait pas toujours en *trois* couleurs: par exemple, les profils d'impression sont souvent en CMJN (avec le Noir comme quatrième composante), et non en CMJ seulement smile
Antares PhotoModele
Antares PhotoModele => " Il ne permet de représenter qu'une faible partie des couleurs que nous pouvons voir ", Non l’œil (le cerveau) a du mal a dépasser le sRGB. Pour l'imprimante il n'est pas nécessaire de faire régulièrement son profil si on utilise le même papier...(mais indispensable l'alignement des buses par contre pour un étalonnage, trop souvent oublié). Pour un écran on peut se fier au protocole Eizo c'est toutes les 200 heures (attention un écran étalonné ne doit pas se mettre n'importe où dans une pièce il y a un éclairage (lux) d'ambiance à lui attribuer devant lui bien trop souvent négligé pour beaucoup !..mais j'arrête là ça va devenir hors sujet smile.
Alain Pré
Alain Pré J'ai lu effectivement des textes indiquant que l'oeil humain pouvait discerner 2 millions de couleurs tout au plus.
C'était un langage de biologiste que j'interprète peut-être mal mais j'ai cru comprendre qu'on parlait alors de teintes. Une même teinte pouvant être déclinée en de nombreuses luminosités.
Jak Ez
Jak Ez Sauf erreur de ma part, la teinte désigne une nuance dans la ronde des couleurs qui forment le cercle chromatique : rouge, jaune, vert, cyan, bleu, magenta, etc La luminosité traduit la part de noir ou de blanc contenue dans chaque couleur. Une couleur est le résultat d'une teinte et d'une luminosité.
Alain Pré
Alain Pré D'une teinte, d'une luminosité et d'une saturation (système TLS). C'est comment ça que je le comprends aussi : 2 millions de teintes ça fait beaucoup plus de couleurs.

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